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Country event : Maroc
Address : Rabat and Tangeers

Le Maroc accélère les solutions intégrées pour l’eau, le littoral et le climat

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Alessandro Candeloro discussion potential replication in Morocco

Les institutions nationales, les autorités régionales, les experts techniques et les partenaires internationaux se sont réunis à Rabat et Tanger en mai 2026 afin de faire avancer l’une des transitions les plus importantes pour la Méditerranée : passer d’une planification environnementale et d’actions sectorielles fragmentées à une mise en œuvre intégrée et prête à l’investissement.

 

Organisés dans le cadre du Programme Méditerranée (MedProgramme), les ateliers ont réuni des acteurs intervenant dans les domaines de la gestion de l’eau, de l’adaptation au changement climatique, de la biodiversité, de la prévention de la pollution, de la pêche, de la planification côtière et du financement environnemental afin d’identifier comment le Maroc peut opérationnaliser des solutions intégrées à l’échelle territoriale.

Mis en œuvre par le Plan d’Action pour la Méditerranée du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE/PAM) et la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), et financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), le MedProgramme accompagne 10 pays méditerranéens dans la réponse aux défis environnementaux interconnectés à travers des approches reliant science, gouvernance, politiques publiques et investissements.

 

Un message commun s’est dégagé des deux ateliers : le Maroc dispose déjà de stratégies solides, d’études techniques et de cadres institutionnels robustes. Le principal défi réside désormais dans la mise en œuvre.

 

Tout au long des discussions, les participants ont souligné que les pressions environnementales ne peuvent plus être gérées séparément. Rareté de l’eau, dégradation du littoral, perte de biodiversité, pollution, urbanisation et changement climatique sont profondément interconnectés et nécessitent des réponses intégrées.

 

Les ateliers ont montré comment le Maroc applique progressivement cette approche à travers la planification côtière intégrée, les méthodologies Nexus et la gestion fondée sur les écosystèmes.

 

L’une des principales initiatives présentées a été le développement du Schéma Régional du Littoral (SRL) pour la région Tanger–Tétouan–Al Hoceima. Développé dans le cadre du MedProgramme avec l’appui technique du PAP/RAC, le SRL combine des analyses environnementales, socio-économiques, territoriales et climatiques dans un cadre de planification juridiquement structuré et aligné sur la législation marocaine relative au littoral.

Le processus a intégré des analyses scientifiques, des consultations participatives et des scénarios territoriaux à long terme jusqu’à l’horizon 2045. Les experts ont présenté le SRL comme un outil capable de concilier protection des écosystèmes, développement économique durable et résilience territoriale à long terme.

 

Les discussions ont également mis en évidence l’importance d’améliorer l’interopérabilité entre les institutions et les systèmes de données. Les participants ont régulièrement souligné que la fragmentation des informations et la faiblesse de la coordination constituent des obstacles majeurs à la mise en œuvre.

 

« Aujourd’hui, le problème n’est pas le manque de données, mais leur fragmentation. Nous devons passer d’une souveraineté de la donnée à une souveraineté de la décision », a indiqué un expert technique lors des discussions à Tanger.

 

L’évaluation Nexus Eau-Énergie-Alimentation-Écosystèmes (WEFE), conduite par GWP-Med dans la région Tanger–Tétouan–Al Hoceima, a constitué l’un des principaux axes des ateliers.

 

Cette évaluation applique une approche « de la source à la mer », reliant la gestion de l’eau en amont, l’agriculture, les systèmes énergétiques et les écosystèmes aux impacts côtiers en aval. Après une première phase de diagnostic régional, les travaux ont évolué vers une modélisation quantitative du bassin du Loukkos, l’une des zones agricoles et écologiques stratégiques du Maroc.

 

La modélisation a exploré différents scénarios climatiques et de développement jusqu’en 2050. Les résultats montrent que le stress climatique pourrait considérablement augmenter les déficits hydriques, réduire les flux écologiques, accentuer la pression sur les nappes phréatiques et menacer la santé des écosystèmes si les tendances actuelles se poursuivent.

 

Dans le même temps, l’analyse a démontré que des mesures intégrées peuvent renforcer significativement la résilience. Les pratiques agroécologiques, la réutilisation des eaux usées, le dessalement, l’intégration des énergies renouvelables et les réformes de gouvernance ont été identifiés comme des leviers majeurs capables de réduire les déficits hydriques tout en améliorant la durabilité et en réduisant les émissions.

 

Les discussions ont également mis en évidence la complexité des décisions environnementales. Certaines mesures améliorent l’efficacité tout en créant de nouveaux arbitrages. Par exemple, l’irrigation localisée peut réduire la consommation d’eau mais également diminuer la recharge des nappes phréatiques. L’approche Nexus a ainsi été présentée non pas comme une recherche de solutions parfaites, mais comme un outil permettant d’identifier des choix équilibrés et éclairés.

 

L’un des messages les plus forts issus des ateliers a été la nécessité de transformer les évaluations techniques en projets opérationnels.

 

Parmi les exemples phares présentés figurait l’initiative Nexus au barrage Oued El Makhazine. Le projet combine énergie solaire flottante, efficacité de l’irrigation et agriculture de précision afin de réduire la consommation énergétique et d’optimiser l’utilisation de l’eau dans les périmètres agricoles du bassin du Loukkos.

 

Développée grâce à la collaboration entre autorités régionales, experts techniques et GWP-Med, l’initiative fait actuellement l’objet d’une étude de faisabilité financée dans le cadre du MedProgramme. Cette étude comprend également la préparation d’une note conceptuelle destinée au Fonds Vert pour le Climat, avec l’objectif de transformer l’initiative en projet bancable d’adaptation et d’atténuation climatique.

 

« Ces initiatives montrent comment une planification intégrée peut être transformée en solutions concrètes soutenant à la fois la durabilité et la résilience économique », ont souligné les participants lors des discussions.

 

Le financement est apparu comme un thème central tout au long des échanges. La BERD a présenté plusieurs projets en cours au Maroc dans les domaines de la réutilisation des eaux usées, des infrastructures résilientes au climat et de la dépollution industrielle, soutenus par des approches de financement mixte combinant subventions, prêts et outils d’investissement.

 

Les participants ont insisté sur le fait que les futures actions environnementales au Maroc devront se concentrer sur un nombre plus limité mais plus structurant de projets intégrés capables d’attirer des investissements et de générer un impact mesurable.

 

Les ateliers ont également marqué le lancement du processus d’Atlas National de Réplication du Maroc dans le cadre du MedProgramme. L’objectif est d’identifier des actions prioritaires, des initiatives pilotes et des opportunités d’investissement pouvant être étendues à l’échelle nationale et répliquées dans d’autres régions méditerranéennes.

 

Les parties prenantes ont proposé un large éventail de priorités pour les futurs efforts de réplication et d’investissement, reflétant la nature intégrée des défis environnementaux du Maroc. Celles-ci incluent le renforcement de la gestion intégrée du littoral, la protection des eaux souterraines et la restauration des écosystèmes, ainsi que le développement des systèmes de traitement et de réutilisation des eaux usées, du suivi de la pollution et de la gestion des déchets dangereux. Les participants ont également souligné l’importance d’accélérer les efforts d’adaptation au changement climatique à travers l’agriculture de précision, l’intégration des énergies renouvelables et la protection de la biodiversité, tout en développant des systèmes de données environnementales et des observatoires régionaux plus performants afin de soutenir une prise de décision fondée sur des données probantes et une planification territoriale de long terme.

 

Un fort consensus s’est dégagé autour de la nécessité de privilégier, dans les futures programmations, des initiatives intégrées, ancrées dans les territoires et orientées vers l’investissement, plutôt que des interventions fragmentées et isolées.

 

Les participants ont également insisté sur l’importance d’aligner les futures actions avec la Stratégie Nationale de Développement Durable du Maroc, le Plan National d’Adaptation, la Stratégie d’Économie Bleue et les priorités nationales en matière de biodiversité.

Au cours des deux journées, les ateliers ont positionné le Maroc comme un laboratoire régional de plus en plus important pour la gestion environnementale intégrée en Méditerranée.

 

Les discussions ont confirmé que le pays dispose désormais de bases techniques et institutionnelles solides, notamment à travers des cadres de planification intégrée, des systèmes de suivi, des stratégies d’adaptation climatique et des mécanismes de financement. Toutefois, les échanges ont également montré clairement que la prochaine étape devra être centrée sur la mise en œuvre, la coordination et le passage à l’échelle.

Les participants ont conclu que les approches intégrées soutenues par le MedProgramme offrent une voie concrète pour relier politiques publiques, science et investissements, tout en renforçant la résilience climatique, la protection des écosystèmes et le développement durable dans l’ensemble de la région méditerranéenne.

 

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